"Le Vendée Globe, c'est finalement quatre caps et pas trois."

Par la Team V and B – Mayenne  • le 29 novembre 2020

ARTICLE DU 29/11/2020

 » Le tour du monde à la voile en solitaire, sans escale et sans assistance ? Le parcours est simple : départ des Sables d’Olonne en passant par les trois caps (Bonne-Espérance, Leeuwin, Horn) et retour aux Sables.
Mais si le Vendée Globe était en fait un parcours à quatre caps ?
Après une première semaine de course exceptionnelle, sur ce Vendée Globe, à tous les niveaux ; sportivement, médiatiquement, personnellement, où je me suis senti faire corps avec les éléments, la machine et le TEMPS, nous sommes arrivés à toucher les alizés de l’Atlantique Nord. 
Mais après cela la vie à bord est devenue moins trépidante. Fini les virements de bord avec 700 kg de matos à déplacer, les changements de voiles intempestifs. Fini aussi les siestes de l’après-midi à cause de la chaleur. Résultat, plus de temps pour moi. Ça y est, on y est ! 
Moi qui à terre passe mon temps à courir après le temps en me disant que 24 heures, c’est un peu court pour une journée, là je dois faire face à ce que je fuis le plus à terre alors que je suis confiné dans une boîte en carbone que l’on secoue en permanence, seul à des milliers de kilomètres au milieu des océans ! Euh non je ne crois pas, ça ne m’intéresse pas ! Merci ! 
Je veux juste comme d’habitude être surbooké ; ça ira bien comme ça ! Bon la course doit durer 90 jours, tu es donc bien loin d’avoir fini mon petit gars ! Eh bien là commence un vrai travail intérieur, un travail sur moi !
Car là, seul à bord, seul face à moi-même, sans aucune possibilité de m’évader l’esprit (du moins beaucoup plus difficilement qu’à terre), quand quelque chose m’obnubile, je suis obligé d’y faire face. A ce moment-là, plus de tricheries, plus de concessions. Pas d’autre choix que de t’affronter toi-même.
Et si j’essayais de placer ce moment de vie par rapport au TEMPS. Ne pas seulement visualiser ce moment qui semble gênant par moment, à l’instant présent, mais le visualiser dans un espace TEMPS plus important ? « Épouser le temps », c’est-à-dire essayer de le diluer dans le temps pour trouver l’extase du moment présent et n’en ressortir que le positif…. 10 ans, 25 ans mais pourquoi pas 50 ans ? C’est bien grâce au temps que l’on est devenu ce que l’on est et que l’on deviendra ce que l’on sera ! L’expérience ne s’acquiert qu’avec le temps…
Il s’agit alors de faire un constat, une analyse de la situation et d’identifier le ou les paramètres qui te gênent ou qui t’empêchent d’avancer sereinement. Oui car même confiné, on avance. Je dirais même que l’on avance plus vite que dans l’autre vie, celle des pas confinés. Je parle bien sûr d’avancer sur soi-même. Une fois que l’on a identifié ce paramètre, on pourrait dépenser toute l’énergie que l’on a, à le faire disparaître. Et ça ne fonctionne pas ou pas assez longtemps du moins.
Je dois donc être dans l’acceptation de cette situation pour pouvoir l’intégrer pleinement. Faire avec, sans que cela soit un problème ! Il s’agit de la nécessité d’Être, de vivre à fond pour être bien intérieurement ! Et à ce moment-là, on sait qu’on est en train de vivre pleinement, en conscience, tout ce qui se passe. 
La vie d’aujourd’hui vous impose ce confinement. Moi je me le suis imposé moi-même en partant sur cette course. Le confinement dans ces deux cas, choisi ou pas, nous offre la possibilité d’un voyage intérieur qui ne nous coûtera pas un centime et qui vaudra spirituellement bien plus que n’importe quel voyage. 
Oui, je suis d’accord, cela nécessite d’accepter le « lâcher prise ». Peut-être que vous allez vous sentir mal, même jusqu’à pleurer… Mais comme on dit dans mon milieu, derrière le front, les nuages s’ouvrent et le soleil apparaît ! Ça peut être bouleversant d’affronter ses craintes, se dire la vérité sur les choses qui nous bloquent au fond de nous-même, c’est normal. Une fois qu’on a réussi à cracher le morceau et qu’on a pleinement intégré cela, on en ressort différent, notre monde intérieur est différent. Mais comment sera-t-il ?
Alors enfilez vos cirés et vos bottes et préparez-vous à franchir ce CAP avec moi. Je le découvre ainsi : le parcours du Vendée Globe, c’est finalement quatre CAPS et pas trois. 
Ce CAP là, c’est à nous de choisir quand nous voulons le franchir. Nous ne sommes pas obligés de le franchir, nous ne serons pas disqualifiés, mais je le conseille. Je savais que je reviendrais différent d’une telle aventure. Le chemin de cette course autour de la planète, tout comme mon chemin intérieur, est encore long, et je ne sais pas lequel sera le plus dur, mais je suis tellement content de pouvoir avancer sur les deux… « 

Photos : ©Jean-Marie LIOT / Jérémy SOREL

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